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Réglementation · Audit énergétique

DDADUE 2025 : l'audit énergétique devient obligatoire dès 2,75 GWh/an

Hôtels, industries, cliniques privées, commerces, plateformes logistiques ou patrimoines tertiaires multi-sites : depuis la loi DDADUE du 30 avril 2025, l'assujettissement à l'audit énergétique réglementaire repose désormais principalement sur la consommation d'énergie de l'entreprise. Pour les entreprises nouvellement concernées, une première échéance importante approche : le 11 octobre 2026.

Tableau de bord de suivi des consommations énergétiques
La consolidation des consommations sur trois années civiles est le point de départ de l'analyse

La loi n° 2025-391 du 30 avril 2025, dite loi DDADUE, transpose plusieurs dispositions européennes relatives à l'efficacité énergétique et modifie profondément le dispositif d'audit énergétique des entreprises. Depuis le 1er octobre 2025, l'obligation ne repose plus principalement sur les critères historiques de taille, d'effectif ou de chiffre d'affaires : le Code de l'énergie fixe désormais des seuils directement liés à la consommation annuelle moyenne d'énergie finale.

2,75 GWh/an

Le seuil déclenchant l'obligation d'audit énergétique tous les quatre ans, sauf exemption applicable.

23,6 GWh/an

Au-delà, un système de management de l'énergie conforme devient obligatoire.

Périmètre SIREN

L'audit doit couvrir au moins 80 % de la consommation énergétique finale de la personne morale.

11 octobre 2026

Échéance du premier audit pour les personnes morales nouvellement soumises.

La question n'est plus « combien de salariés ? » mais « combien d'énergie ? ».

Une PME énergivore ou multi-sites peut désormais entrer dans le champ de l'audit obligatoire, tandis qu'une entreprise plus importante en effectif peut ne pas franchir le seuil énergétique.

2,75 GWh/an : le nouveau seuil à connaître

Une personne morale entrant dans le champ de l'article L.233-1 du Code de l'énergie doit réaliser un audit énergétique tous les quatre ans lorsque sa consommation annuelle moyenne d'énergie finale est supérieure ou égale à 2,75 GWh/an, et qu'elle ne bénéficie pas d'une exemption prévue par le dispositif, notamment au titre d'un système de management de l'énergie répondant aux conditions réglementaires.

Concrètement, 2,75 GWh représentent

2 750 MWh/an, soit 2 750 000 kWh/an. Ce niveau de consommation peut être rapidement atteint par certaines activités ayant des besoins importants de chauffage, climatisation, eau chaude sanitaire, froid, ventilation ou process.

Le calcul porte sur les trois années précédentes

La consommation annuelle moyenne utilisée pour vérifier le franchissement des seuils correspond à la moyenne des consommations annuelles d'énergie finale des trois années civiles précédentes. Les consommations associées à l'ensemble des activités de la personne morale sont prises en compte, y compris l'énergie renouvelable produite et autoconsommée sur site.

Cela change fortement la manière d'identifier les entreprises concernées.

Exemple

Une société exploite quatre hôtels :

  • Hôtel A : 900 MWh/an.
  • Hôtel B : 850 MWh/an.
  • Hôtel C : 700 MWh/an.
  • Hôtel D : 600 MWh/an.

Pris séparément, aucun établissement ne dépasse 2,75 GWh. En revanche, leur consommation cumulée atteint 3 050 MWh/an, soit 3,05 GWh/an. Si ces établissements relèvent de la même personne morale et du même périmètre réglementaire, l'entreprise peut donc franchir le seuil d'assujettissement.

Une analyse à réaliser au niveau du SIREN

Un point est particulièrement important pour les groupes et entreprises multi-sites. L'audit énergétique et le système de management de l'énergie doivent couvrir au moins 80 % de la consommation énergétique finale de l'entreprise identifiée par son numéro SIREN.

La bonne question à poser

L'analyse ne consiste pas à demander « mon bâtiment consomme-t-il 2,75 GWh ? », mais « quelle est la consommation totale des activités relevant de cette personne morale ? ». Cette distinction est essentielle pour les chaînes hôtelières, groupes de cliniques, enseignes commerciales, entreprises industrielles ou sociétés disposant de plusieurs établissements.

Quelles entreprises sont susceptibles d'être concernées ?

Le texte vise les personnes morales immatriculées au registre du commerce et des sociétés ainsi que certaines personnes morales de droit privé exerçant une activité économique. Le dispositif ne cible donc pas un secteur d'activité particulier.

Dans le tertiaire, une vigilance particulière peut être pertinente pour :

  • Les hôtels et résidences hôtelières.
  • Les établissements de santé privés.
  • Les hypermarchés et grandes surfaces.
  • Les centres commerciaux.
  • Les plateformes logistiques et entrepôts frigorifiques.
  • Les grands ensembles de bureaux.
  • Les établissements privés d'enseignement.
  • Les centres sportifs et aquatiques privés.
  • Les entreprises possédant plusieurs sites.

Dans l'industrie, les activités faisant appel au froid, à la chaleur, à la vapeur, à l'air comprimé, aux moteurs électriques ou à des process thermiques peuvent également dépasser rapidement le seuil.

L'appartenance à l'un de ces secteurs ne signifie cependant pas automatiquement que l'entreprise est assujettie. La consommation réelle reste le premier élément à vérifier.

11 octobre 2026 : une échéance importante

Les personnes morales nouvellement soumises à l'obligation d'audit énergétique doivent réaliser leur premier audit au plus tard le 11 octobre 2026. Cette échéance mérite donc d'être anticipée dès maintenant.

Pour les entreprises qui franchiront le seuil ultérieurement, l'obligation s'appliquera selon les règles prévues à partir des trois années civiles précédentes.

Au-dessus de 23,6 GWh : changement de niveau

La loi prévoit un deuxième seuil. Lorsque la consommation annuelle moyenne d'énergie finale atteint 23,6 GWh/an ou plus, la personne morale doit mettre en œuvre un système de management de l'énergie conforme aux exigences réglementaires. Pour les personnes morales nouvellement concernées par cette obligation, le système doit être certifié au plus tard le 11 octobre 2027.

De 2,75 à moins de 23,6 GWh/an

Audit énergétique tous les quatre ans, sauf exemption applicable.

À partir de 23,6 GWh/an

Système de management de l'énergie obligatoire.

L'audit doit couvrir au moins 80 % des consommations

Le nouveau cadre ne permet pas de sélectionner uniquement quelques bâtiments faciles à auditer. L'audit énergétique doit couvrir au moins 80 % de la consommation énergétique finale de l'entreprise au niveau du SIREN.

Le travail commence donc généralement par une consolidation des consommations :

  • Électricité.
  • Gaz.
  • Réseaux de chaleur ou de froid.
  • Combustibles.
  • Consommations énergétiques des différents établissements.
  • Énergie renouvelable autoconsommée lorsqu'elle entre dans le périmètre prévu.

Cette étape permet ensuite d'identifier les sites et usages représentant l'essentiel de la consommation.

L'obligation ne s'arrête plus à la remise d'un rapport

L'un des changements importants de la loi DDADUE concerne le passage de l'audit à l'action. Les entreprises soumises au dispositif doivent élaborer un plan d'action à partir des recommandations de l'audit énergétique ou de leur système de management de l'énergie. Ce plan doit recenser les mesures à mettre en œuvre lorsque celles-ci sont techniquement ou économiquement possibles.

Le ROI inférieur à cinq ans devient un point de justification

Lorsqu'une recommandation présente un temps de retour sur investissement inférieur à cinq ans et qu'elle n'est pas mise en œuvre, cette décision doit être justifiée dans le plan d'action. Le plan validé doit également être publié dans le rapport annuel de l'entreprise avec le taux d'exécution des actions prévues, dans le respect des informations protégées par la loi.

Audit énergétique : quelles actions étudier ?

L'objectif d'un audit utile n'est pas uniquement de répondre à l'obligation réglementaire. Il doit permettre d'identifier et de comparer les leviers réellement applicables au patrimoine. Selon les bâtiments et activités, l'étude peut notamment porter sur :

Exploitation et réglages

Optimisation des températures, horaires, programmation, régulation et conditions d'exploitation.

GTB et pilotage des équipements

Mise en place ou amélioration d'une gestion technique du bâtiment, suivi des consommations et détection des dérives.

Chauffage et production de chaleur

Modernisation des chaufferies, pompes à chaleur, récupération de chaleur ou raccordement à un réseau.

Ventilation et climatisation

Optimisation des débits, programmation, récupération d'énergie et remplacement d'équipements vieillissants.

Enveloppe du bâtiment

Isolation, menuiseries, protections solaires ou traitement des points faibles identifiés.

Éclairage

LED, détection de présence et pilotage selon les usages.

Énergies renouvelables

Photovoltaïque, solaire thermique ou autres solutions lorsque leur pertinence technique et économique est démontrée.

CEE : intégrer le financement dès l'audit

Les recommandations issues de l'audit doivent également être rapprochées des dispositifs de financement disponibles. Les Certificats d'Économies d'Énergie peuvent contribuer au financement de certaines opérations portant notamment sur le chauffage, la régulation, la GTB, la ventilation, les réseaux de chaleur ou d'autres équipements répondant aux fiches applicables.

Investissement travaux - aides - économies d'énergie - coût net - temps de retour.

Étudier ces éléments simultanément permet d'éviter de sélectionner un équipement uniquement parce qu'il bénéficie d'une prime.

Les dispositifs CEE évoluent régulièrement. Les conditions applicables doivent donc être vérifiées avant tout engagement. Notre analyse des dernières évolutions est disponible dans l'article « CEE : rénovation d'ampleur, solaire thermique et perspectives pour le tertiaire ».

DDADUE et Décret Tertiaire : deux obligations différentes

Pour les entreprises du tertiaire, il est important de ne pas confondre les deux dispositifs.

Éco Énergie Tertiaire

Le dispositif concerne les bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments hébergeant des activités tertiaires dont la surface cumulée atteint 1 000 m², sous réserve des règles et exclusions prévues par les textes. Il impose une trajectoire de réduction des consommations d'énergie.

Audit énergétique DDADUE

L'obligation issue de la DDADUE repose principalement sur la consommation énergétique de la personne morale et sur les seuils de 2,75 GWh et 23,6 GWh.

Une entreprise peut donc être concernée par le Décret Tertiaire, par la DDADUE, par les deux dispositifs simultanément, ou par aucun des deux selon sa situation. L'intérêt consiste alors à éviter de mener deux démarches indépendantes et à construire une seule feuille de route énergétique cohérente.

Quelles sanctions en cas de non-respect ?

Le Code de l'énergie prévoit une procédure de mise en demeure. Si l'entreprise ne se conforme pas à ses obligations dans le délai fixé par l'administration, celle-ci peut prononcer une sanction financière pouvant atteindre 2 % du chiffre d'affaires hors taxes du dernier exercice clos. Ce plafond peut être porté à 4 % en cas de nouvelle violation de la même obligation.

Il ne s'agit donc pas d'une pénalité automatique de 2 % du chiffre d'affaires : la sanction intervient dans le cadre d'une procédure administrative et son montant est notamment proportionné à la gravité du manquement.

Les quatre étapes pour sécuriser votre situation

1. Consolider les consommations

Rassembler les données énergétiques des trois dernières années civiles pour l'ensemble des activités concernées par le SIREN.

2. Vérifier l'assujettissement

Calculer la consommation annuelle moyenne et la comparer aux seuils de 2,75 GWh et 23,6 GWh.

3. Définir le périmètre de l'audit

Identifier les sites représentant au moins 80 % de la consommation énergétique finale.

4. Transformer l'audit en plan d'action

Comparer les actions selon les économies attendues, l'investissement, les aides et CEE, le temps de retour, les contraintes d'exploitation et les échéances réglementaires.

Le regard EcoVertaConsul't

Le changement introduit par la DDADUE rend la consommation énergétique beaucoup plus importante que la taille apparente de l'entreprise. Une PME disposant d'un process énergivore ou de plusieurs établissements peut désormais entrer dans le champ de l'audit obligatoire, tandis qu'une entreprise employant davantage de salariés peut ne pas franchir le seuil énergétique.

EcoVertaConsul't accompagne les entreprises dans la vérification de leur assujettissement, la réalisation des audits énergétiques et la construction de plans d'action hiérarchisés selon les économies, l'investissement, le ROI et les financements mobilisables.

Ce qu'il faut retenir

  • La loi DDADUE n° 2025-391 a modifié le régime de l'audit énergétique des entreprises.
  • Le nouveau dispositif est entré en vigueur le 1er octobre 2025.
  • Le seuil d'audit est fixé à 2,75 GWh/an de consommation moyenne d'énergie finale.
  • La moyenne est calculée sur les trois années civiles précédentes.
  • L'audit doit être renouvelé tous les quatre ans.
  • Il doit couvrir au moins 80 % de la consommation énergétique finale au niveau du SIREN.
  • Le premier audit des personnes morales nouvellement concernées doit être réalisé au plus tard le 11 octobre 2026.
  • À partir de 23,6 GWh/an, un système de management de l'énergie devient obligatoire.
  • Un plan d'action doit être établi à partir des recommandations.
  • L'absence de mise en œuvre d'une mesure présentant un retour sur investissement inférieur à cinq ans doit être justifiée.
  • En cas de non-respect après mise en demeure, la sanction peut atteindre 2 % du CA HT, voire 4 % en cas de nouvelle violation de la même obligation.

FAQ - Loi DDADUE et audit énergétique

Mon entreprise possède plusieurs bâtiments. Le seuil de 2,75 GWh s'applique-t-il à chacun ?
Non. L'analyse porte sur la consommation des activités de la personne morale. L'audit ou le système de management de l'énergie doit ensuite couvrir au moins 80 % de la consommation énergétique finale identifiée au niveau du SIREN.
Une PME peut-elle être concernée ?
Oui. Le nouveau dispositif repose sur la consommation d'énergie et non uniquement sur la taille de l'entreprise. Une entreprise relativement petite mais énergivore peut donc franchir le seuil.
Une entreprise certifiée ISO 50001 doit-elle forcément réaliser l'audit ?
Les activités couvertes par un système de management de l'énergie certifié conforme aux conditions prévues peuvent bénéficier de l'exemption d'audit prévue par les textes. Il convient de vérifier précisément le périmètre couvert par la certification.
Le 11 octobre 2026 concerne-t-il toutes les entreprises ?
Cette date correspond à l'échéance prévue pour le premier audit des personnes morales nouvellement soumises à l'obligation issue de la réforme. Les situations déjà couvertes auparavant ou les franchissements ultérieurs doivent être examinés selon leur propre calendrier.
Audit DDADUE et Décret Tertiaire peuvent-ils se cumuler ?
Oui. Les deux dispositifs reposent sur des critères différents. Un bâtiment tertiaire peut relever d'Éco Énergie Tertiaire tandis que son exploitant relève également de l'obligation d'audit énergétique.
Peut-on utiliser l'audit pour préparer les CEE ?
Oui. L'audit permet d'identifier les opérations potentielles et d'en estimer l'intérêt économique. L'éligibilité et le montant des CEE doivent toutefois être confirmés selon les fiches et règles applicables avant l'engagement des travaux.
Marzouk Mohamed Co-fondateur · Ingénieur en efficacité énergétique

Ingénieur ENSIATE, spécialisé en performance énergétique des bâtiments tertiaires. Accompagne les directions patrimoine sur la conformité Décret Tertiaire, BACS, GTB et l'optimisation des consommations.

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