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IA générative : les recommandations de l’ADEME pour limiter ses impacts

IA générative : comment limiter ses impacts ?

L’intelligence artificielle générative s’est installée dans les entreprises, les administrations et les usages quotidiens à une vitesse rarement observée. Mais derrière chaque réponse générée se trouvent des serveurs, des centres de données, des réseaux, de l’eau, de l’énergie et des équipements électroniques. L’ADEME formule plusieurs recommandations pour éviter que l’IA ne devienne un usage automatique sans que son utilité réelle soit questionnée.

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IA Mesurer, questionner et réduire les impacts

Le problème n’est pas seulement la consommation d’une requête. C’est la généralisation de milliards de requêtes, souvent sans utilité démontrée.

L’intelligence artificielle générative n’est pas un service immatériel. Son fonctionnement nécessite la fabrication de serveurs, l’extraction de métaux, l’entraînement de modèles, le stockage de données, leur transfert et l’alimentation électrique de centres de données de plus en plus importants. Une IA plus efficace peut finalement être davantage utilisée : c’est le risque d’effet rebond.

Pourquoi cet avis

L’ADEME souhaite replacer les impacts environnementaux au centre du débat sur l’intelligence artificielle générative.

Ce qu’il faut retenir

Mesurer les impacts sur tout le cycle de vie, appliquer les principes de l’IA frugale et vérifier qu’une IA est réellement nécessaire.

Recommandation clé

Les utilisateurs devraient pouvoir désactiver facilement les fonctionnalités d’IA intégrées par défaut dans les services numériques.

Ce que l’ADEME ne dit pas

L’Agence ne demande pas d’interdire l’IA. Elle demande que son usage soit justifié, proportionné et mesurable.

Analyse — sobriété numérique

Ce que l’IA générative consomme réellement - et ce que l’on mesure encore mal

La simplicité d’utilisation des outils d’intelligence artificielle masque une infrastructure complexe. Pour produire une réponse, un service d’IA mobilise des centres de données, des processeurs spécialisés, des réseaux, des espaces de stockage, des systèmes de refroidissement et des modèles préalablement entraînés.

Les impacts ne se limitent donc pas à l’électricité utilisée pendant la génération d’une réponse. Ils commencent dès l’extraction des matières premières nécessaires à la fabrication des équipements et se poursuivent jusqu’à leur renouvellement et leur fin de vie.

  • Fabrication des serveurs et des processeurs spécialisés.
  • Extraction et transformation des métaux nécessaires aux équipements.
  • Entraînement initial et mises à jour des modèles.
  • Stockage, transfert et réplication des données.
  • Consommations électriques et besoins de refroidissement.
  • Renouvellement accéléré des infrastructures informatiques.

Le premier problème : le manque de transparence

Pour mesurer correctement l’impact environnemental d’un modèle, il faudrait connaître sa taille, son architecture, les équipements utilisés, la durée de son entraînement, la localisation des centres de données, le mix électrique mobilisé, les consommations liées à son utilisation, les besoins en eau et le nombre total de requêtes traitées.

Or, la majorité de ces informations reste rarement publique. Les fournisseurs communiquent sur la rapidité, la précision ou les nouvelles fonctionnalités de leurs modèles, mais beaucoup moins sur leur consommation énergétique ou leur empreinte environnementale.

Il est aujourd’hui plus facile de comparer les performances de deux intelligences artificielles que de comparer leurs impacts environnementaux.

L’ADEME recommande donc une méthodologie commune et standardisée, afin que les entreprises, les collectivités et les particuliers puissent comparer les services sur des bases cohérentes.

Le cas Mistral AI : une première démarche de transparence

Mistral AI s’est engagé dans une analyse du cycle de vie de ses modèles, avec l’objectif de documenter les différentes étapes responsables de leur empreinte environnementale.

Cette démarche montre qu’il est possible de publier des indicateurs et d’ouvrir progressivement la comparaison entre modèles. Mais une étude isolée ne suffit pas à structurer l’ensemble du marché.

Le piège à éviter

Comparer uniquement la consommation nécessaire à la génération d’une réponse. Cette approche oublierait la fabrication des serveurs, l’entraînement du modèle, le stockage des données, les infrastructures réseau, le renouvellement des équipements et les effets indirects liés à la multiplication des usages.

IA frugale : le référentiel AFNOR comme point de départ

Dans l’attente d’une méthode totalement harmonisée, l’ADEME recommande aux concepteurs de services d’IA de s’appuyer sur les référentiels existants, notamment le référentiel général pour l’IA frugale élaboré par l’AFNOR.

La contribution la plus importante de cette approche se situe avant même le choix du modèle : il faut démontrer que l’intelligence artificielle constitue réellement la meilleure réponse au besoin.

1
Démontrer le besoin

Le recours à l’IA doit répondre à un objectif clairement identifié.

2
Étudier les alternatives

Un moteur de recherche classique, une base documentaire, une automatisation ou un modèle spécialisé peuvent parfois répondre au besoin avec moins de ressources.

3
Adapter la taille du modèle

Le modèle le plus puissant n’est pas nécessairement le plus pertinent pour une tâche simple ou répétitive.

4
Limiter les données mobilisées

Toutes les données n’ont pas besoin d’être collectées, stockées, dupliquées ou retraitées indéfiniment.

5
Mesurer les résultats

La performance technique doit être comparée aux impacts environnementaux et aux bénéfices réellement obtenus.

Une IA frugale n’est pas seulement une IA qui consomme moins.

C’est une IA dont le besoin, le dimensionnement, les données et les usages ont été questionnés avant son déploiement.

Ce que l’ADEME recommande - et ce qui ne suffit pas

✓ Ce qui va dans le bon sens

Mesurer sur tout le cycle de vie - équipements, énergie, eau, infrastructures, données et fin de vie.
Standardiser les indicateurs - afin de permettre une comparaison réelle entre services.
Choisir des modèles adaptés - un modèle spécialisé ou plus petit peut suffire pour certaines fonctions.
Former les utilisateurs - pour favoriser des usages plus sélectifs et plus raisonnés.
Permettre la désactivation - les fonctions d’IA ne devraient pas être imposées par défaut.

⚠ Ce qui reste insuffisant

! Afficher seulement une consommation par requête - cet indicateur ne couvre pas l’ensemble du cycle de vie.
! Acheter des crédits carbone - la compensation ne remplace pas la réduction à la source.
! Améliorer uniquement les serveurs - une meilleure efficacité peut être annulée par la multiplication des usages.
! Présenter toute IA comme “verte” - un usage lié à la transition écologique ne garantit pas un bénéfice net.
! Relocaliser sans planifier - un centre de données continue de mobiliser de l’eau, du foncier, de l’énergie et des équipements.

« AI for Green » : une promesse à vérifier au cas par cas

L’intelligence artificielle peut contribuer à optimiser certaines consommations, détecter des anomalies, améliorer des prévisions, piloter des équipements ou analyser de grandes quantités de données.

Mais l’ADEME appelle à ne pas confondre potentiel technique et bénéfice environnemental démontré. Les applications d’optimisation reposent souvent sur des modèles spécialisés, différents des grands modèles génératifs.

Pour démontrer un bénéfice environnemental

Il faut comparer les impacts directs de la solution, les économies réellement obtenues, les alternatives disponibles, les effets rebonds, la durée de fonctionnement et la situation sans recours à l’intelligence artificielle.

Une IA utilisée pour optimiser l’énergie n’est pas automatiquement sobre.

Elle doit économiser davantage de ressources qu’elle n’en mobilise sur l’ensemble de son cycle de vie.

Relocaliser les centres de données : une réponse partielle

L’ADEME soulève également un enjeu de souveraineté. Une part importante des traitements numériques liés aux usages français est actuellement réalisée à l’étranger.

Une relocalisation de certains centres de données en France peut réduire les émissions liées au fonctionnement lorsque ces traitements remplacent des infrastructures alimentées par un mix électrique plus carboné. Elle peut aussi renforcer la maîtrise des données et des infrastructures.

Mais cette relocalisation doit s’accompagner :

  • D’une planification territoriale et électrique.
  • D’une maîtrise des consommations d’eau.
  • D’une limitation de l’artificialisation des sols.
  • D’exigences d’efficacité énergétique.
  • D’une réflexion sur la récupération de chaleur.
  • D’une priorisation des usages numériques réellement utiles.

Le point de vigilance

Un centre de données alimenté par une électricité relativement peu carbonée peut présenter un meilleur bilan climatique qu’un centre situé dans un pays très dépendant du charbon. Cela ne signifie pas que son impact devient nul.

La chaleur fatale : un potentiel réel, mais sous conditions

Les serveurs consomment de l’électricité et rejettent une part importante de cette énergie sous forme de chaleur.

Cette chaleur peut, dans certaines configurations, être récupérée pour alimenter un réseau de chaleur, des logements, des bureaux, des équipements publics ou certains procédés industriels.

Produire de la chaleur ne garantit pas qu’elle pourra être utilement récupérée.

Il faut un débouché compatible, suffisamment proche, régulier et durable. La valorisation doit donc être étudiée dès la conception du projet.

Les utilisateurs doivent pouvoir refuser l’IA intégrée par défaut

Moteurs de recherche, logiciels bureautiques, messageries, navigateurs et smartphones intègrent progressivement des assistants ou des résumés générés automatiquement.

Le problème est que l’utilisateur n’a pas toujours choisi de mobiliser une intelligence artificielle. Une action auparavant traitée par un service classique peut désormais déclencher une génération de texte, une synthèse, une analyse documentaire ou un traitement supplémentaire dans un centre de données.

La recommandation de l’ADEME

Permettre aux utilisateurs de désactiver facilement les fonctionnalités augmentées par l’intelligence artificielle lorsqu’ils ne souhaitent pas les utiliser.

La mauvaise question

« Comment rendre toutes nos applications compatibles avec l’intelligence artificielle ? »

La bonne question

Pour quels usages précis l’intelligence artificielle apporte-t-elle suffisamment de valeur pour justifier les ressources qu’elle mobilise ?

Ce que cela change concrètement pour une entreprise ou une collectivité

1
Cartographier les usages

Identifier les logiciels, moteurs de recherche, outils métiers, services clients et plateformes utilisant déjà une IA.

2
Classer les usages selon leur utilité

Distinguer les usages indispensables, réellement créateurs de valeur, expérimentaux, automatiques ou purement accessoires.

3
Vérifier les alternatives

Rechercher une automatisation simple, une base documentaire, un moteur classique ou un modèle spécialisé.

4
Interroger les fournisseurs

Demander la localisation des données, les modèles utilisés, les durées de conservation, les indicateurs environnementaux et les possibilités de désactivation.

5
Encadrer les usages

Définir les outils autorisés, les données interdites, les règles de validation humaine et les fonctions activées par défaut.

6
Former les utilisateurs

Expliquer comment choisir le bon outil, rédiger une demande précise, éviter les générations répétitives et vérifier les réponses.

7
Mesurer la valeur créée

Comparer le temps économisé, la qualité produite, les erreurs évitées, le coût, les ressources mobilisées et les usages réellement actifs.

Les conditions d’une utilisation réellement raisonnée

Une politique d’IA responsable ne consiste pas à interdire tous les usages. Elle consiste à instaurer des arbitrages et à éviter que des systèmes particulièrement consommateurs soient mobilisés automatiquement pour des tâches qui pourraient être réalisées autrement.

  • Un besoin défini avant le choix de l’outil.
  • Un modèle proportionné à la tâche.
  • Un nombre limité de solutions.
  • Des données maîtrisées.
  • Des fonctionnalités optionnelles.
  • Une évaluation régulière de l’utilité réelle.
  • Une information transparente des utilisateurs.
  • Une surveillance des effets rebonds.
La sobriété numérique ne repose pas uniquement sur les efforts individuels.

Elle dépend d’abord des choix de conception, d’achat, de paramétrage et de gouvernance des organisations.

Conclusion : l’IA doit rester un moyen, pas devenir un usage automatique

L’avis de l’ADEME ne remet pas en cause toutes les applications de l’intelligence artificielle générative.

Il rappelle cependant qu’une technologie ne peut pas être évaluée uniquement à partir de ce qu’elle permet de faire. Il faut également regarder les infrastructures qu’elle nécessite, les ressources qu’elle consomme, les équipements qu’elle accélère et les nouveaux usages qu’elle crée.

L’intelligence artificielle générative peut apporter une valeur réelle pour certaines tâches complexes, ponctuelles ou à forte valeur ajoutée. Mais son intégration systématique dans chaque logiciel, chaque recherche et chaque interaction numérique risque d’entraîner une augmentation importante des besoins énergétiques et matériels.

Les questions à poser avant de déployer une IA

Quelle tâche voulons-nous accomplir ? L’intelligence artificielle est-elle nécessaire ? Existe-t-il une solution moins consommatrice ? Quel modèle est réellement adapté ? Pouvons-nous mesurer la valeur créée ? L’utilisateur peut-il choisir de ne pas l’utiliser ?

L’enjeu n’est pas de choisir entre innovation et sobriété. Il est de développer une innovation capable de respecter des limites matérielles, énergétiques et environnementales.

FAQ - IA générative et impacts environnementaux

Pourquoi l’intelligence artificielle générative consomme-t-elle autant de ressources ?
Elle mobilise des serveurs puissants pour entraîner les modèles, stocker les données et générer les réponses. La fabrication de ces équipements nécessite également des métaux, de l’énergie et de l’eau.
Une requête d’IA consomme-t-elle plus qu’une recherche classique ?
Cela dépend du modèle, de la longueur de la réponse, de l’infrastructure et du type de traitement. Le manque de données publiques ne permet pas encore de comparer précisément tous les services. L’enjeu principal reste également la multiplication massive des requêtes.
Qu’est-ce qu’une IA frugale ?
Une IA frugale est un service dont la nécessité a été démontrée, dont le modèle est proportionné au besoin et dont les impacts sont réduits sur l’ensemble de son cycle de vie.
Les centres de données français sont-ils moins polluants ?
Le mix électrique français relativement peu carboné peut réduire les émissions liées à leur fonctionnement par rapport à certains pays. Mais les impacts liés aux équipements, à l’eau, au foncier et aux matières premières restent présents.
Peut-on désactiver les fonctions d’IA intégrées dans les logiciels ?
Cela dépend actuellement des services. L’ADEME recommande précisément que les utilisateurs puissent désactiver facilement les fonctionnalités d’IA générative ajoutées aux services traditionnels.
L’IA peut-elle contribuer à la transition écologique ?
Oui, certains usages peuvent produire des gains nets, notamment pour l’optimisation ou la détection d’anomalies. Mais ces bénéfices doivent être mesurés en intégrant les impacts directs, les effets rebonds et les solutions alternatives.

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Avant de déployer de nouvelles solutions numériques ou d’intelligence artificielle, EcoVertaConsul’t peut vous aider à structurer une démarche cohérente : définition des besoins, hiérarchisation des usages, analyse des impacts et intégration dans votre stratégie de transition énergétique.

Repères et sources

  • ADEME : avis relatif aux impacts environnementaux de l’intelligence artificielle générative et aux leviers de réduction.
  • AFNOR SPEC 2314 : référentiel général pour l’intelligence artificielle frugale.
  • ADEME : étude d’impact environnemental de Mistral AI.
  • Référentiel général d’écoconception de services numériques — RGESN.